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George E. Tyson

Le capitaine George Emory Tyson passa quelques jours à faire la fête sur un navire abandonné, quelques mois à la dérive sur la glace de mer, et plusieurs années dans l'Arctique. Né en 1829, il grandit surtout à New York, où il se remplit la tête d'histoires d'expéditions arctiques et rêva de prendre le large. À 22 ans, il quitta son emploi dans une fonderie pour se faire embaucher sur le McLellan, une baleinière arctique.

En route, il se porta volontaire, avec onze autres membres d'équipage, pour passer l'hiver dans la baie de Cumberland. Ils furent le premier groupe de baleiniers qallunaat à hiverner volontairement à cet endroit. Lorsque Tyson revint à New York, ses amis le supplièrent d'y rester. Il reprit donc son emploi à la fonderie, mais « bien vite, il s'y ennuya et souhaita retourner en mer », comme il l'écrivit. En 1855, il se trouvait à nouveau à bord d'une baleinière. Cette fois, son équipage découvrit un bateau britannique abandonné, la Resolute, dérivant au milieu de la glace de mer. Tyson fut parmi les premiers à marcher jusqu'à elle. L'équipage s'amusa à manger les provisions à bord, à feindre des duels avec les épées britanniques et à porter les uniformes des officiers britanniques. (1)

Tyson nourrit bientôt l'ambition de devenir officier. Et il monta en grade, comme la plupart des Américains anglophones de race blanche qui étaient travaillants et prêts à s'embarquer sur plus d'un voyage de chasse à la baleine. En 1860, il devint capitaine de baleinière. Il passa une grande partie de cette décennie dans la baie de Cumberland et la baie d'Hudson. En 1871, le gouvernement américain lui offrit une somme importante pour participer à la désastreuse expédition vers le pôle Nord menée par Charles Francis Hall. Dix-neuf membres d'équipage (dont Tyson, Ipiirvik et Taqulittuq) se retrouvèrent bloqués sur un monceau de glace pendant six mois et demi. Ils furent secourus par un bateau de pêche au phoque, au large du Labrador, à presque 3 000 kilomètres de leur point de départ au large du Groenland. Tous survécurent, grâce à l'adresse et à la générosité des deux familles inuit qui vivaient aussi sur ce banc de glace.

Tyson retourna dans la baie de Cumberland en 1877, à bord du Florence. Il y recrutait des Inuit qui accepteraient de déménager dans le nord de l'île d'Ellesmere, les Américains souhaitant y établir une colonie. Il devait aussi pêcher la baleine pour compenser les coûts de l'expédition. Tyson refusa de laisser son équipage qallunaat débarquer à terre sans vêtements inuit. De plus, il fournit plus de vingt Inuit en nourriture américaine contre des aliments frais. Cette dépendance envers les Inuit, il l'a reconnu par écrit : « Nous devons dépendre de l'aide des Esquimaux [] sans eux [] j'accomplirais bien peu de choses ici. » (1) À la fonte des glaces, Tyson réussit à convaincre quinze hommes, femmes et enfants inuit de l'accompagner au Groenland, puis à l'île d'Ellesmere. Sans enregistrer les noms de tous, il mentionne cinq d'entre eux sous les noms Ete-tun, Nep-e-ken, O-cas-e-ak-ju, Chummy et A-lo-kee. À l'arrivée du Florence au Groenland, Tyson apprit que ses employeurs américains avaient abandonné le projet. Il revint à la baie de Cumberland et déposa les Inuit à Naujaqtalik, leur laissant une baleinière, quatre fusils, des munitions, des vêtements, du pain, de la mélasse, une tente et deux longues-vues en guise de compensation. (2)

 

Tyson ne reprit jamais la mer. Il tira deux livres de ses expériences, mais aucun ne se vendit bien. Sa famille connut des difficultés, ce qui le contraignit à accepter un emploi au ministère de la Marine à Washington, DC. Aux prises avec une maladie cardiaque, il mourut chez lui en 1906.

(1) Blake (dir.), Arctic Experiences, p. 91

(2) Howgate (dir.), The Cruise of the Florence, p. 122