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Naujaqtalik

que les Qallunaat connaissent aussi sous les noms de Naujateling, Niantilic, Niatlic, etc.

L'île de Naujaqtalik (ce qui signifie : « on y trouve une colonie de goélands ») abrite un excellent havre dans la baie de Cumberland. Les baleiniers désignaient de ce nom à la fois le havre et l'île. Celle-ci se trouve à environ huit kilomètres au sud-ouest d'Umanaqjuaq (Blacklead Island).

Avant l'arrivée des Qallunaat, Naujaqtalik marquait la frontière sud du territoire habité par les Talirpingmiut, la peuplade installée du côté ouest de la baie de Cumberland. Les Talirpingmiut s'installaient à Naujaqtalik à l'automne, pour chasser le phoque dans les fjords et les canaux environnants. L'île les protégeait des tempêtes automnales, tout en rendant la chasse plus sécuritaire. Chaque année, après le gel, cette population se rendait à Umanaqjuaq. Au printemps, elle chassait l'ours et le jeune phoque. En été, elle demeurait près d'Idjorituaqtuin et de Qimmiqsut. Puis, elle partait à l'intérieur des terres pour la chasse annuelle au caribou, avant de revenir à Naujaqtalik chaque automne.

Les Qallunaat ont fait de l'île un site d'hivernation achalandé, en raison de son havre et de sa population inuit automnale. La présence des baleiniers a attiré encore plus d'Inuit dans les parages. En 1848, 160 Inuit vivaient à Naujaqtalik. En 1853, un capitaine a embauché 50 Inuit à lui seul, ce qui a contribué à la réputation de l'endroit comme un site avantageux. En 1865, le lieutenant du Andrews notait avec joie que les bateaux qui se trouvent à Naujaqtalik sont pleins d'huile et de fanons. « On trouve ici un grand nombre d'indigènes, ajoute-t-il, qui paraissent très amicaux. » Pendant plusieurs décennies, les bateaux ont hiverné à Naujaqtalik, même si le commerce s'est graduellement déplacé vers les stations côtières de Kekerten et d'Umanaqjuaq. (1)

On assista au déclin de la population inuit de Naujaqtalik : on en retrouve « seulement quelques-uns » en 1877, puis seulement vingt en 1883. Quelques familles ont déménagé. Tout au long de la période des baleiniers, les Inuit ont continué à se déplacer à l'intérieur et à l'extérieur de la baie de Cumberland, au fil des saisons et des bonnes occasions. Néanmoins, un taux de mortalité élevé explique en partie le déclin de la population de Naujaqtalik. Il s'agissait d'un camp automnal traditionnel et non un endroit propice à la chasse au phoque qui aurait été fréquenté à l'année. Des dizaines de nouveaux venus hivernaient dans la région, tentés de rester près des baleinières plutôt que de s'aventurer vers des terrains de chasse plus giboyeux. Ainsi, plusieurs Inuit sont morts de faim. Pendant l'hiver de 1847-1848, vingt des 170 habitants ont succombé à la famine. Plusieurs d'entre eux avaient même consommé la chair de leurs bras. La maladie faisait aussi plusieurs victimes, surtout vers la fin de l'automne, quand les réserves de nourriture étaient basses, que les tempêtes faisaient rage et que la glace était encore trop mince pour aller chasser. En 1853, une épidémie de choléra tua le tiers des Inuit vivant dans le port de Naujaqtalik. Les gens souffraient aussi de tuberculose, de diphtérie et d'infections transmises sexuellement.

Des Qallunaat aussi mouraient à Naujaqtalik, surtout du scorbut, une déficience en vitamine C. Les Inuit consommaient des aliments frais de la toundra qui leur procuraient amplement de vitamine C, mais les Qallunaat qui ne mangeaient à bord de leurs navires que du pain dur et des viandes salées pendant des mois finissaient par en mourir. Quelques Qallunaat ont compris que les aliments frais ou le jus de lime pouvaient les sauver, mais ceux-ci constituaient une minorité. On tenta diverses techniques pour guérir les malades, comme leur prescrire de l'exercice ou enterrer leurs jambes dans le sol, mais sans succès. Au printemps de 1857, cinq hommes de l'Alibi, alors en hivernation, sont décédés du scorbut à Naujaqtalik. Au début de 1878, un Inuk signalait que le scorbut « faisait encore rage parmi les hommes à Naujaqtalik. »

NOTE : Benjamin Hoppin, A Diary Kept With the Peary Arctic Expedition of 1896, p. 73-74.

On comprend donc pourquoi il y a tant de tombes inuit près de Naujaqtalik et pourquoi l'île voisine d'Inukjuaq abrite l'un des plus grands cimetières qallunaat de la baie de Cumberland. Jadis, ces pierres tombales donnaient les noms et les villes d'origine des hommes qui y étaient enterrés. Sur l'une d'elles, on lit qu'un homme de 25 ans, George Norrie, est « regretté de tous. » Il gît à côté de son père. Tous deux ont péri au même endroit, loin de leur patrie, l'Écosse.

NOTE : Chummy, cité dans Howgate (dir.), The Cruise of the Florence, p. 69.

Cet article a été coécrit par Karen Routledge et Andrew Dialla.

(1) Journal de l'Andrews, 1865-1867.